« Notre économie repose sur les millions de décisions financières que les Canadiennes et les Canadiens prennent tous les jours […]. Les événements récents nous montrent que ces décisions comportent de grands risques et que les connaissances financières sont importantes dans la vie quotidienne. De meilleures connaissances financières aideront les Canadiens qui veulent épargner pour la retraite, financer l'achat d'une maison ou simplement balancer le compte–chèques familial, et elles renforceront la stabilité de notre système financier ainsi que notre économie4.»
Prenant conscience de la valeur et de l'importance sans cesse grandissantes de la littératie financière pour la prospérité des individus, des familles et du pays, le gouvernement du Canada a créé le Groupe de travail sur la littératie financière en juin 2009 et l'a chargé de formuler des recommandations sur une stratégie nationale qui aurait pour but de renforcer la littératie financière au Canada.
Selon la définition que nous avons adoptée, la littératie financière est le fait de disposer des connaissances, des compétences et de la confiance en soi nécessaires pour prendre des décisions financières responsables. Dans cette définition,
Les Canadiens qui possèdent des connaissances et des aptitudes financières et qui ont confiance en eux-mêmes sont mieux en mesure :
Aujourd'hui, les Canadiens sont appelés à prendre des décisions financières de plus en plus nombreuses à un âge de plus en plus jeune, et ces décisions sont de plus en plus complexes et lourdes de conséquences. Et pourtant, il y a encore beaucoup trop de personnes qui n'ont pas ce qu'il faut pour comprendre les questions d'argent; certains groupes sont tout particulièrement vulnérables à cet égard.
[TRADUCTION]
« La littératie financière a toujours été un élément essentiel de la réussite personnelle et financière, mais il est difficile de songer à une époque où la littératie financière a été aussi lourde de conséquences pour les Canadiens. La conjoncture économique évolue rapidement, forçant tous et chacun à réagir rapidement face aux nouveaux dangers et aux nouvelles opportunités. L'inaction ou une intervention mal conçue peuvent compromettre la santé et le bien‑être financiers de bon nombre d'entre nous; nous avons tous besoin d'outils qui nous permettront de prendre en charge notre situation financière avec confiance. »
Les sondages, enquêtes et études menés au pays et à l'étranger s'entendent pour montrer que de nombreux consommateurs – jeunes et moins jeunes, riches et pauvres – sont aux prises avec de réelles difficultés au niveau de leur littératie financière, qu'il s'agisse de déchiffrer des relevés financiers, de gérer des cartes de crédit ou de planifier la retraite. Les résultats de l'Enquête canadienne sur les capacités financièresmenée en 2009 par Statistique Canada le confirment. Cette enquête, la plus vaste du genre à être entreprise sur la planète, a permis de recueillir des données sur les habitudes, les comportements et les attitudes des Canadiens vis-à-vis les questions financières. Elle a révélé ce qui suit :
S'inspirant des pratiques exemplaires et de l'expertise technique d'autres pays, les résultats de l'enquête (c'est-à-dire les réponses individuelles à plus de 100 questions) ont été convertis en un « indice national de la littératie financière »5 , qui réunit cinq éléments clés :
Les résultats de cette analyse (voir la figure 1) indiquent que les niveaux de littératie financière au Canada sont très inégaux – une observation qui s'accorde d'ailleurs avec les résultats d'enquêtes semblables menées aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande. En y regardant de plus près, on voit que les Canadiens qui ont du mal dans un domaine de la littératie financière ont souvent des difficultés dans un ou plusieurs autres domaines.
Figure 1 : Pointages nationaux moyens, selon l'indice national de la littératie financière (données de 2009)
Pour chacun des cinq éléments, l'indice national donne un pointage qui se situe entre 0 et 100, 100 étant le pointage le plus élevé de n'importe quel répondant au pays, et 0, le pointage le moins élevé.
Différents groupes de Canadiens, y compris les Autochtones et les personnes à faible revenu, sont aux prises avec des types de difficultés différents. L'indice national révèle toutefois quelques résultats surprenants quant aux groupes de Canadiens qui s'en sortent relativement mieux et à ceux qui ont plus de difficultés, comme l'indique la figure 2 à la page 14 (on trouvera des résultats plus détaillée à l'annexe C).
L'évolution récente de la conjoncture économique a montré à quel point le manque de connaissances financières peut menacer le bien-être financier. Dans quelle mesure les décisions financières prises par les Canadiens sont-elles judicieuses? Dans quelle mesure ont-ils la préparation voulue pour résister aux contrecoups d'un ralentissement économique? Certains économistes et commentateurs de la politique publique croient que les ménages canadiens sont de plus en plus vulnérables face aux chocs économiques et que cette vulnérabilité s'accentue plus rapidement qu'on ne l'avait anticipé. La figure 3 (à la page 15) illustre la montée constante des niveaux d'endettement des ménages au cours des 20 dernières années. Il est alarmant de constater que le taux d'endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible a atteint 148 % en 2010.
Figure 2 : Qui a des difficultés? Qui s'en sort mieux?
[TRADUCTION]
« En cette période de notre histoire où nous assistons à la plus grande instabilité économique depuis la Crise de 1929 et où le niveau d'endettement des consommateurs n'a jamais été aussi élevé, nous sommes d'avis que la nécessité de la littératie financière n'a jamais été aussi grande. »
C'est pourquoi il est primordial, comme l'a rappelé le ministre des Finances, de reconnaître l'importance que revêt pour l'économie canadienne les millions de décisions financières que les Canadiens prennent chaque jour. L'amélioration des aptitudes financières des Canadiens renforcera notre économie, et pour y arriver, il faudra d'abord s'attaquer au défi de la littératie financière.
Figure 3 : Ratio d'endettement des ménages (dette/revenu), de janvier 1990 à septembre 2010
Source : Statistique Canada. CANSIM, tableau 378-0012.
Pendant 18 mois, les membres du Groupe de travail ont examiné en profondeur l'état de la littératie financière en se penchant sur un vaste éventail de questions, de tendances et d'idées pour arrêter un plan d'action propre à relever le niveau de la littératie financière au Canada. La tenue de consultations publiques auprès de la population canadienne pendant trois mois a constitué une part importante de cet examen. Des représentants du Groupe de travail se sont déplacés par petits groupes dans l'ensemble des provinces et des territoires, visitant des localités dans tout le pays. Nous avons eu des entretiens directs avec plus de 170 particuliers et organisations; nous avons reçu plus de 300 mémoires ainsi que 280 commentaires transmis par l'intermédiaire de notre forum en ligne.
Nous avons appris que les Canadiens accordent une grande importance à la littératie financière et qu'ils souhaitent clairement qu'elle soit enseignée à l'école, au travail, au sein des collectivités et en ligne. Un résumé des principaux thèmes abordés et des témoignages recueillis a paru en septembre 2010 dans un rapport intitulé Ce que nous avons entendu. Le Groupe de travail s'est également penché sur les travaux de recherche émanant du Canada et de l'étranger, et il a décelé des lacunes importantes sur le plan des connaissances. Nous avons commandé en tout 13 études à des spécialistes canadiens et étrangers pour approfondir certains sujets et combler certaines lacunes que nous avions décelées. Ces travaux nous ont aidés à préparer nos recommandations finales et font maintenant partie du domaine public, à la disposition d'autres chercheurs et décideurs. Le titre des études et le nom de leurs auteurs figurent à l'annexe E. Le rapport Ce que nous avons entendu ainsi que les documents de recherche préparés pour le compte du Groupe de travail sont affichés à l'adresse www.litteratiefinanciereaucanada.com.
Notre examen des données et des résultats indique clairement que le Canada doit agir pour s'attaquer aux déficits en littératie financière d'une manière plus ciblée, et qu'il doit agir dès maintenant. Le statu quo n'est plus une option. Du reste, un important travail préparatoire a déjà été fait : on nous a fait part d'un grand nombre d'excellentes initiatives de littératie financière qui ont déjà été mises en place : des programmes scolaires, des documents imprimés et électroniques, des séminaires tenus au niveau local, etc. Mais il y a aussi des lacunes importantes au niveau de l'accessibilité, de la sensibilisation et de la capacité de certaines organisations à dispenser l'enseignement financier, lacunes auxquelles il faudra s'attaquer si l'on veut relever le niveau des connaissances et aptitudes financières.
La littératie financière est une démarche continue, qui doit même se dérouler toute la vie durant : non seulement les connaissances et les aptitudes financières que l'individu doit posséder doivent-elles évoluer au fil du temps, mais les règles du jeu se transforment elles aussi à mesure que les services financiers, les programmes gouvernementaux et les données démographiques changent. En d'autres termes, nous ne pouvons pas, en tant que pays, nous en remettre à une mesure à court terme pour relever le défi de la littératie financière. Ce qu'il pourrait « suffire » de savoir aujourd'hui ne suffira plus demain. Nous croyons que le Canada doit s'engager à renforcer la littératie financière sur le long terme.
Lors de nos consultations, de nombreuses organisations ont souligné les liens qui existent entre le faible taux d'alphabétisation des Canadiens et leur déficience en littératie financière. Les données révèlent que 42 %6 des Canadiens en âge de travailler – les individus âgés de 16 à 64 ans – ont des niveaux d'alphabétisation inférieurs à ceux qui sont requis pour comprendre et utiliser l'information contenue dans les textes et les tâches typiques de la société du savoir émergente et de l'économie de l'information. Ce chiffre indique clairement l'ampleur du défi à relever (figure 4).
Figure 4 : Résultats de l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes de 2003
Source : Données de Statistique Canada, citées dans ABC Life Literacy Canada, « Submission to the Task Force on Financial Literacy », 2010.
Dans le présent rapport, nous énonçons notre proposition pour une stratégie nationale de littératie financière (la « stratégie nationale ») que nous soumettrons à l'attention du ministre des Finances du Canada. Notre proposition, constituant cette stratégie, renferme un ensemble intégré de 30 recommandations dont le but est de renforcer les connaissances, les aptitudes et la confiance en soi des Canadiens afin qu'ils puissent prendre des décisions financières responsables (veuillez vous référer à la figure 5, p. 18, ainsi qu'à la figure 6, p. 19).
Étant donné qu'il s'agit d'une question importante qui touche tous les citoyens, nos recommandations abordent plusieurs éléments de solutions possibles et font valoir la nécessité d'adopter une approche axée la collaboration pour relever le niveau des connaissances et des aptitudes financières des Canadiens. La collaboration et la coordination seront essentielles à la réussite des initiatives de littératie financière, peu importe qu'elles soient entreprises par les écoles, les gouvernements, les établissements financiers, les employeurs, les syndicats ou des organismes bénévoles.
Nos recommandations couvrent de nombreux sujets, mais cinq priorités définissent la stratégie dans son ensemble :
Figure 5 : La stratégie nationale proposée pour la littératie financière
Dans les sections qui suivent, nous présentons nos recommandations et leur bien-fondé. Nous croyons qu'au fil du temps, ces mesures auront un impact important et contribueront au mieux-être financier de tous les Canadiens. Les objectifs de la stratégie nationale ne seront pas atteints du jour au lendemain; il faudra que tous ceux qui ont un rôle à jouer coordonnent leur action pour susciter des changements fructueux à long terme. Nous invitons tous les lecteurs à prendre connaissance des principaux points de la stratégie nationale proposée et à contribuer à sa réalisation, au profit des Canadiens d'aujourd'hui et des générations de demain.
Figure 6 : Stratégie nationale de littératie financière
Renforcer la littératie financière des Canadiens

4 Ministère des Finances du Canada. (2009). « Le ministre des Finances établit le Groupe de travail sur la littératie financière. » Communiqué 2009-067. Toronto, 26 juin. Disponible à l'adresse www.fin.gc.ca/n08/09-067-fra.asp
5 Pour en savoir plus sur l'indice et sur d'autres aspects importants de l'Enquête de 2009, voir McKay, S. (2010). « Comprendre la capacité financière au Canada : Analyse des résultats de l'l'Enquête canadienne sur les capacités financières . » Document de recherche préparé à l'intention du Groupe de travail sur la littératie financière. Disponible à l'adresse www.litteratiefinanciereaucanada.com
6 Ce pourcentage s'élève à 48 % lorsqu'on tient compte de tous les Canadiens âgés de plus de 16 ans, y compris ceux qui ont plus de 64 ans.