La littératie financière est essentielle à la prospérité et au bien-être des Canadiens. Bien plus qu'une habileté commode, elle est une aptitude nécessaire dans le monde d'aujourd'hui, et elle devrait à l'avenir être considérée comme telle par les responsables politiques, les éducateurs, les employeurs et les autres parties intéressées partout au pays. C'est maintenant qu'il faut agir.
En réfléchissant à son mandat, le Groupe de travail a reconnu que la littératie financière ne pourra faire des progrès que si son objectif est compris de la même façon par tous les participants à cet effort. Notre définition de la littératie financière, à savoir le fait de disposer des connaissances, des compétences et de la confiance en soi nécessaires pour prendre des décisions financières responsables , a obtenu l'appui massif des Canadiens qui se sont exprimés lors des consultations publiques et dans les mémoires qu'ils nous ont remis. C'est pourquoi nous demandons au gouvernement du Canada et aux autres parties intéressées d'adopter la définition de la littératie financière énoncée par le Groupe de travail.
Pendant 18 mois, nous avons mené et commandé un important volume de recherche, examiné les pratiques exemplaires dans le domaine à l'échelle internationale, entrepris une vaste consultation auprès des Canadiens et tenu de fréquentes réunions pour faire le point sur nos constatations. Le fruit de ce travail sert de fondement à notre proposition en vue d'une stratégie nationale de littératie financière (la « stratégie nationale »), que nous soumettons à l'attention du ministre des Finances du Canada.
La stratégie nationale a pour but de renforcer les connaissances, les aptitudes et la confiance en soi des Canadiens afin qu'ils puissent prendre des décisions responsables en matière financière. Dans un régime à responsabilités partagées, les partenaires collaboreront avec un responsable désigné pour assurer une mise en oeuvre efficace, maintenir l'élan et mettre les ressources à contribution. En tant que compétence essentielle, la littératie financière exige un apprentissage continu à la maison, à l'école, au travail et au sein de la communauté. Les besoins des Canadiens seront satisfaits dans toute leur diversité en renforçant les programmes existants, en améliorant l'accès, les communications et les modes de prestation, et en favorisant la prise de conscience. La responsabilisation passera par l'évaluation permanente des progrès.
Dans le cadre de cette stratégie, nous formulons un ensemble intégré de 30 recommandations destinées à renforcer la littératie financière des Canadiens. Étant donné l'importance de l'enjeu et le fait qu'il touche l'ensemble de la population, nos recommandations portent sur plusieurs aspects différents de la question et soulignent la nécessité d'adopter une approche axée sur la collaboration. La collaboration et la coordination seront essentielles à la réussite des initiatives de littératie financière, peu importe qu'elles soient entreprises par les écoles, les gouvernements, les établissements financiers, les employeurs, les syndicats ou des organismes bénévoles.
Bien que nos recommandations soient d'une vaste portée, cinq priorités définissent l'objectif général de la stratégie, consistant à renforcer les connaissances, les compétences et la confiance en soi des Canadiens afin qu'ils puissent prendre des décisions financières responsables. Nos recommandations spécifiques s'articulent autour des sujets évoqués dans notre document de consultation, Cibler l'excellence (février 2010), tels l'éducation, l'emprunt, l'épargne et la communication. Ces sujets ont été débattus par les Canadiens lors de nos consultations publiques et nous les avons résumés dans notre rapport intitulé Ce que nous avons entendu (septembre 2010).
Les cinq priorités de la stratégie nationale proposée sont les suivantes :
Le renforcement de la littératie financière des Canadiens est une responsabilité que doivent partager de nombreux intervenants. Cette mission ne pourra s'accomplir sans un effort concerté des individus, des familles, des gouvernements, des éducateurs, des fournisseurs de services financiers, des employeurs, des syndicats, des entreprises et des organisations bénévoles.
Tout au long de nos travaux, nous avons été impressionnés par les nombreux programmes, sites Web, séminaires et outils d'apprentissage qui ont été mis au point en vue d'améliorer la littératie financière des Canadiens. Toutefois, nous avons noté un manque de mécanismes pratiques pour faciliter la collaboration entre les secteurs, d'une manière qui maximise l'incidence des efforts déployés. Le chevauchement d'initiatives existantes et de programmes efficaces serait un gaspillage de ressources rares.
Il existe déjà, entre plusieurs des secteurs mentionnés plus haut, de solides partenariats qui ont été créés dans le but de promouvoir et d'offrir des programmes de littératie financière, et de financer la recherche dans ce domaine. Pour bénéficier le plus possible de la compétence, de l'expérience et de l'engagement de tous les partenaires, la participation active de tous ceux qui ont un rôle à jouer sera essentielle.
Bien qu'un travail excellent soit fait à travers le pays pour améliorer la littératie financière des Canadiens, il va de soi qu'une entreprise de cette envergure, de cette complexité et de cette durée exige un leadership qui s'y consacre de façon exclusive. Ce rôle de leadership permettra de maintenir le rythme de la mise en oeuvre de la stratégie nationale, d'encadrer et de soutenir la recherche et l'innovation et de veiller au maintien de mécanismes de collaboration favorisant la poursuite des initiatives en littératie financière.
Ces considérations nous ont convaincus que le gouvernement du Canada devrait continuer de jouer un rôle de premier plan dans la promotion de la littératie financière, qu'il devrait s'efforcer de réaliser les objectifs de la politique publique en collaborant avec les autres paliers de gouvernement et avec des intervenants du secteur privé et du secteur bénévole, et qu'il devrait mettre en place un mécanisme approprié pour concrétiser la stratégie nationale en nommant une personne qui consacrerait toute son attention à ces tâches importantes.
Tous les secteurs ont un rôle à jouer dans la mise en oeuvre de la stratégie nationale. L'une de nos principales recommandations consiste à mettre sur pied un conseil de partenaires qui serait représentatif des secteurs concernés et serait appelé à fournir de façon continue des avis sur l'orientation à donner à la mise en oeuvre de la stratégie nationale et à tirer le meilleur parti possible des investissements effectués par tous les secteurs dans l'intérêt des Canadiens. Il sera nécessaire d'instaurer un partenariat formel axé sur la collaboration entre les parties prenantes afin que les Canadiens puissent bénéficier des pratiques exemplaires et des programmes et initiatives qui ont été couronnés de succès.
Nous croyons que la littératie financière est une compétence essentielle qui s'acquiert tout au long de la vie. Nous avons d'ailleurs convenu dès le départ que la mise en oeuvre des programmes de littératie financière devait tenir compte des principaux événements de la vie qui accentuent la nécessité de posséder des connaissances et des compétences financières. C'est pourquoi, en plus de recommander que le système scolaire formel établisse les bases de la littératie financière sur lesquels les Canadiens pourront s'appuyer durant toute leur vie, nous nous penchons également les possibilités de dispenser l'éducation financière aux moments où les gens sont le plus susceptibles de s'y montrer réceptifs. Ces « moments propices à l'apprentissage » sont ceux où doivent se prendre des décisions importantes – par exemple, lorsqu'on envisage d'adhérer à un régime de pensions ou à un régime d'épargne-retraite au travail, lorsqu'on est en quête de conseils en matière financière ou lorsqu'on envisage l'achat d'un produit financier, ou encore lorsqu'on veut déterminer son admissibilité aux prestations d'un programme gouvernemental. Lorsque nous apprenons, nous avons tendance à ne retenir qu'une partie de ce qu'on nous enseigne, surtout si le sujet n'est pas directement relié à notre expérience quotidienne. C'est pourquoi il importe de consolider l'éducation financière tout au long de la vie.
Même dans le cas des personnes qui possèdent l'information et l'éducation requises pour prendre de bonnes décisions financières, il peut arriver que divers facteurs psychologiques, sociaux ou institutionnels empêchent de faire des choix rationnels. Les recherches volumineuses consacrées à l'« économie comportementale », ces dernières années ont été fertiles en résultats des plus utiles de ce point de vue. Le Groupe de travail n'a donc pas sous-estimé l'importance de l'environnement ou de l'« architecture » des choix,2, et plus particulièrement les mécanismes d'option par défaut comme l'adhésion automatique aux régimes d'épargne-retraite en milieu de travail et la hausse automatique des cotisations3. Nous croyons que, dans le cadre de la stratégie nationale, les responsables politiques devraient envisager soigneusement de faire appel à des « stratégies pratiques d'encouragement » en guise de complément aux outils et initiatives de littératie financière plus traditionnels qui ont pour but de donner aux Canadiens les moyens de faire des choix plus judicieux en matière de finances.
Ensemble, l'enseignement formel, l'apprentissage juste à temps acquis au moment des principaux événements de la vie et les résultats utiles qu'on peut tirer des recherches en économie comportementale donneront aux Canadiens la base sur laquelle ils pourront s'appuyer pour faire de meilleurs choix financiers tout au long de leur vie.
Étant donné que l'enseignement lié à la littératie financière au Canada se déroule dans un contexte marqué par la multiplicité des champs de compétence et des partenaires, le thème de la prestation efficace de cet enseignement revient dans presque toutes nos recommandations.
L'un des défis que pose la prestation efficace des initiatives de littératie financière tient à la nécessité d'alerter et de sensibiliser les Canadiens de façon à ce qu'ils prennent conscience des initiatives ciblées susceptibles de leur être bénéfiques et à ce qu'ils y participent. Dans nos recommandations, nous mettons en relief la nécessité d'une campagne de sensibilisation publique soutenue sur la littératie financière, qui s'appuierait sur le site Web centralisé dont nous suggérons la création.
Nous croyons en effet qu'un site Web centralisé est essentiel pour que les Canadiens puissent avoir accès à une information de haute qualité et impartiale, provenant de toute une gamme de sources spécialisées. Le site Web facilitera le regroupement et la diffusion des renseignements et des programmes liés à la littératie financière. Parmi les suggestions faites à propos du contenu de ce site, on peut mentionner la mise à disposition des Canadiens d'un outil d'autoévaluation et de calculatrices des prestations de retraite.
La communication claire est un autre défi rattaché à la prestation efficace d'initiatives de littératie financière. Les Canadiens ont besoin de renseignements et de conseils financiers qui soient pertinents, faciles à comprendre et persuasifs, et nous croyons qu'il incombe aux gouvernements et aux fournisseurs de services financiers de veiller à ce que leurs communications répondent à ces critères.
Le principal outil de responsabilisation aux fins de l'application de la stratégie nationale réside dans la nomination, par le ministre des Finances, d'une personne chargée de l'exécution de la stratégie et relevant directement de lui. Ce serait là le meilleur moyen de rendre des comptes aux Canadiens par l'intermédiaire du Parlement, et ce, à l'échelon le plus élevé. La personne nommée publierait un rapport annuel sur la mise à exécution de la stratégie et des programmes, ainsi que sur les progrès réalisés à travers le pays, mesurés au moyen d'indicateurs clés décrits plus loin dans ce rapport.
Il va sans dire que l'évaluation permanente des programmes est essentielle au succès de la stratégie. Ce n'est qu'au moyen d'une évaluation efficace que nous pourrons optimiser l'utilisation des programmes qui fonctionnent bien et abandonner rapidement, ou améliorer, ceux qui s'avèrent inefficaces. C'est pourquoi nos recommandations mettent en lumière la nécessaire évaluation des initiatives et attirent l'attention sur le fait que le gouvernement du Canada doit renforcer les capacités d'évaluation des fournisseurs de services de formation à la littératie financière.
Aucune évaluation de l'efficacité des programmes ne serait complète sans une mesure de l'incidence globale sur la littératie financière des Canadiens. Il faudra sans doute, pour y arriver, disposer de mécanismes assurant des sondages continus à l'échelle nationale et veiller à ce que le Canada participe activement aux évaluations comparatives internationales. L'Enquête canadienne sur les capacités financières menée en 2009 par Statistique Canada a préparé le terrain pour l'élaboration d'un indice national de la littératie financière, présenté dans ce rapport, qui servira à la fois de fiche de rendement des efforts actuels et de norme de référence pour mesurer les progrès futurs.
Le Groupe de travail sur la littératie financière a énoncé les principales priorités que doit poursuivre la stratégie nationale de littératie financière. Le Groupe de travail est d'avis que la stratégie nationale proposée dans le présent document permettra aux Canadiens d'amorcer une action en collaboration dans le but de renforcer les connaissances, les aptitudes et la confiance dont ils ont besoin pour prendre des décisions financières responsables à toutes les étapes de leur vie.
2 Yoong, J. (2010). “Retirement Preparedness and Individual Decision Making: Implications for Canada.” Research paper prepared for the Task Force on Financial Literacy. Available fromwww.litteratiefinanciereaucanada
3 Turner, J. (2006). “Designing 401(K) Plans that Encourage Retirement Savings: Lessons from Behavioral Finance.” Retrieved from AARP Public Policy Institute website: assets.aarp.org/rgcenter/econ/ib80_pension.pdf; and Thaler, R. H., & Sunstein, C. R. (2009). Nudge: Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness. New York, NY: Penguin Books Ltd.